Vendre en Amérique latine : combien d’octogones sur votre étiquette ?

« Est-ce qu’on peut vendre ça au Brésil ? » La question arrive du commerce, elle atterrit au service réglementaire, et la réponse honnête est souvent « laisse-moi une semaine ». Une partie de cette semaine passe à répondre à une question précise : combien de symboles d’avertissement le produit devra-t-il porter en face avant, et dans quels pays.
Un même dispositif, huit déclinaisons
Le Chili a ouvert la voie avec ses octogones noirs. Le principe s’est diffusé dans la région et au-delà : chaque pays a repris l’idée, puis l’a adaptée — la forme, le libellé, les nutriments visés et surtout les seuils.
Le même produit peut porter trois symboles dans un pays, deux dans le suivant et aucun dans un troisième. Israël applique le même mécanisme hors de la région, avec des symboles rouges. Ce n’est pas une question de sévérité globale : c’est que les seuils et les nutriments retenus ne sont pas les mêmes d’un texte à l’autre.

Ce qui déclenche un symbole
Ces marquages ne notent pas le produit, ils l’avertissent. Un symbole apparaît quand une teneur dépasse un seuil sur un petit nombre de nutriments : sucres, acides gras saturés et sodium et, selon les pays, l’énergie, les matières grasses totales ou les acides gras trans.
Le seuil ne s’exprime pas partout de la même façon. Le Chili, le Pérou, le Brésil et l’Uruguay comparent la teneur pour 100 g ou 100 ml à une valeur fixe. Le Mexique, la Colombie et l’Argentine raisonnent en part de l’énergie : les sucres et les graisses en pourcentage des calories, le sodium en milligrammes par kilocalorie.
La conséquence est brutale et utile à la fois : c’est tout ou rien. Un produit à un cheveu du seuil n’affiche rien ; le même à un cheveu au-dessus affiche l’octogone en entier. Il n’y a pas de demi-mesure, pas de compensation par un ingrédient favorable — à la différence d’une note de synthèse où des fibres rachètent du sucre.
Le sodium, pays par pays
Le sodium montre bien l’écart entre les pays. Avec 437 mg de sodium pour 100 g, notre quiche dépasse les 400 mg du Chili et du Pérou, ainsi que les 300 mg du Mexique, de la Colombie et de l’Argentine. Elle reste sous les 500 mg de l’Uruguay et les 600 mg du Brésil : cinq pays sur sept lui imposent l’octogone du sodium.
| Pays | Mention | Seuil du sodium | Texte |
|---|---|---|---|
| Chili | ALTO EN SODIO | plus de 400 mg/100 g ; plus de 100 mg/100 ml | Décret suprême 13/2015 |
| Pérou | ALTO EN SODIO | 400 mg/100 g ou plus ; 100 mg/100 ml ou plus (seconde phase) | Décret suprême 017-2017-SA (dates d’application des phases à confirmer) |
| Brésil | ALTO EM SÓDIO (loupe) | 600 mg/100 g ou plus ; 300 mg/100 ml ou plus | IN 75/2020 de l’ANVISA |
| Uruguay | EXCESO SODIO | plus de 500 mg/100 g ; plus de 200 mg/100 ml | Décret 34/021 |
| Mexique | EXCESO SODIO | 1 mg/kcal ou plus, ou 300 mg/100 g ou plus ; boissons sans calories : 45 mg/100 ml ou plus | NOM-051-SCFI/SSA1-2010 modifiée en 2020 |
| Colombie | EXCESO EN SODIO | 1 mg/kcal ou plus, ou 300 mg/100 g ou plus ; boissons sans énergie : 40 mg/100 ml ou plus | Résolution 810 de 2021, modifiée par la résolution 2492 de 2022 |
| Argentine | EXCESO EN SODIO | 1 mg/kcal ou plus, ou 300 mg/100 g ou plus ; boissons sans calories : 40 mg/100 ml ou plus (règle reprise du manuel de l’ANMAT, à confirmer sur le décret) | Loi 27.642 et décret 151/2022 |
Plusieurs textes ne visent en outre que les produits auxquels l’ingrédient en cause a été ajouté : sel, sucre ou matières grasses. beCPG compare les teneurs aux seuils ; cette condition d’ajout reste à vérifier par le service réglementaire.
Le Brésil a choisi la loupe
Le Brésil applique la même logique de seuil, avec un symbole différent : une loupe accompagnée de la mention « ALTO EM », posée sur la face avant selon les règles d’emplacement fixées par l’ANVISA. Un exportateur qui a préparé son dossier chilien ne peut donc pas le recopier : le calcul se refait, avec d’autres seuils et un autre rendu.
Chaque pays a en outre son propre millésime de barème, révisé à son rythme. Un avertissement calculé il y a deux ans peut ne plus correspondre au texte en vigueur.

En retirer un, ou l’accepter
Une fois le nombre de symboles connu, la décision est commerciale autant que technique. Reformuler pour repasser sous un seuil a un coût — recette, goût, prix de revient — et ce coût ne se justifie que si le symbole retiré change quelque chose au référencement visé.
L’arbitrage suppose au moins de savoir de combien on est au-dessus, pays par pays. Un dépassement de quelques pour cent et un dépassement du double ne conduisent pas à la même décision, et cette information n’apparaît nulle part sur le symbole lui-même.
Le symbole n’est que la partie visible du dossier
L’étiquetage d’avertissement n’est qu’une des questions qu’ouvre un nouveau marché. Derrière viennent le statut de chaque ingrédient dans le pays visé, les limites applicables, les mentions à reporter et la citation réglementaire qui fonde la décision.
Ce qui fait gagner la semaine, c’est que les seuils et les statuts soient déjà présents et rattachés au marché. Depuis la version 26.1, beCPG calcule ces avertissements à la formulation, marché par marché (Chili, Mexique, Pérou, Uruguay, Brésil, Argentine, Colombie, Israël), et les affiche dans la liste Scores du produit, avec le détail du calcul. La réponse à « est-ce qu’on peut vendre ça au Brésil ? » devient alors une formulation, pas une enquête.
Voir aussi comment beCPG calcule la déclaration nutritionnelle brésilienne et gère la conformité réglementaire. Si vous voulez voir combien de symboles porteraient vos références, parlons-en ou recevez la brochure.



