Un produit, cinq marchés, cinq étiquettes nutritionnelles

Une même boisson : classée E en France, notée D à Singapour, affublée d’octogones noirs au Chili, accompagnée de feux tricolores au Royaume-Uni et d’une étoile et demie en Australie. Le produit n’a pas changé — seul le pays où on le vend a changé. Pour une équipe R&D, la difficulté n’est pas de calculer un score : c’est de savoir lequel bougera quand on touchera à la recette.
Le même produit ne raconte pas la même histoire selon le pays
La colonne des marchés est la plus instructive de la fiche. Ci-dessous, les scores d’un éclair au chocolat noir : Nutri-Score D en Europe, octogones au Chili, deux étoiles en Australie. La colonne dit quel marquage s’applique où. Un score n’est pas une propriété du produit, c’est une propriété du couple produit-marché.

Le Nutri-Score couvre plusieurs pays européens, les feux tricolores relèvent du Royaume-Uni, la batterie d’apports de référence est italienne, le Nutri-Grade singapourien ne vise pour l’instant que les boissons (son extension au sel, aux sauces, aux assaisonnements, aux nouilles instantanées et aux huiles de cuisson est prévue à partir de mi-2027). Une gamme exportée dans dix pays ne porte pas dix fois le même symbole : elle porte des symboles différents, sur des périmètres différents.
Trois façons de dire la même chose
Les dispositifs nutritionnels obéissent à trois logiques, et elles ne réagissent pas de la même manière à une reformulation :
- la note de synthèse — lettre ou étoiles — agrège les nutriments à éviter et les composantes favorables ; ajouter des fibres ou des légumes peut compenser du sucre ;
- l’affichage détaillé — feux, batteries — ne compense rien : chaque nutriment est jugé pour lui-même, et baisser le sel n’éteindra jamais le rouge du sucre ;
- l’avertissement — les octogones d’Amérique latine — fonctionne par seuil : soit vous passez dessous et le symbole disparaît, soit vous restez au-dessus et il reste entier.
C’est ce qui rend la reformulation multi-marchés délicate : la même modification améliore une note de synthèse, ne change rien à un feu tricolore, et fait disparaître ou non un octogone selon qu’elle franchit le seuil.
Voir bouger tous les scores d’un coup
L’intérêt de porter tous les marquages sur la même fiche est là : une modification de recette est reformulée une fois, et l’ensemble des scores se recalcule. On voit du même coup ce qu’on gagne sur un marché et ce qu’on perd sur un autre, avant d’arbitrer.
Sans cela, chaque score vit dans son propre fichier, calculé à une date différente, avec une version de barème différente — et personne ne peut dire si les cinq notes affichées correspondent bien à la formule en production.
Tous ces scores partent des mêmes valeurs nutritionnelles calculées depuis la formule, celles qui alimentent aussi les tableaux réglementaires, comme l’étiquette Nutrition Facts américaine. C’est le rôle du module de formulation de beCPG.
Les scores qu’on ne vous impose pas
À côté des dispositifs officiels circulent des notations que personne n’a demandées mais que les consommateurs consultent : classification du degré de transformation, indices d’ultra-transformation, notes d’applications mobiles. Elles n’ont à ce jour aucune valeur réglementaire et elles pèsent malgré tout en linéaire.
Les suivre relève du même geste que suivre un score officiel : les calculer sur sa propre donnée, plutôt que de découvrir la note en même temps que le consommateur.
Ajouter le marché suivant
Chaque ouverture de marché apporte son marquage. La question posée à l’équipe n’est jamais « peut-on calculer ce score ? » mais « en combien de temps ? ».
Quand les barèmes, les seuils et les échelles sont des données de référentiel, ajouter un pays revient à ajouter des lignes. Quand ils sont du code, il faut une livraison.
Vous n’avez pas à choisir entre les marquages : vos marchés le font pour vous. Vous pouvez en revanche choisir de les calculer au même endroit. Si vous voulez voir ce que donnent vos propres recettes, parlons-en.



